De cape et d'épée

Prélude II - Beati possidentes

Où l’on a l’honneur d’être présenté à Mlle de Bourbon-Condé

Même le chaud soleil toscan n’arrivait pas réchauffer les dalles et les murs de pierre du couvent Sant’Ursula et ses rayons semblaient incapables de pénétrer l’intérieur du couvent.

Quatre ursulines marchaient silencieusement, portant une litière sur laquelle était allongée une femme âgée, visiblement au bout de ses forces. Rien ne venait troubler le silence et la quiétude des lieux.

Malgré l’humidité, la porte s’ouvrit sans problème. Suite à un gémissement à peine perceptible provenant de la vieille dame, les quatre religieuses déposèrent avec un soin infini la litière sur le sol.

En retrait dans un coin, ce n’était rien de mois que l’archevêque de Florence, Monsignor Alessandro Marci Medici qui allait la confesser la ville dame, Madre Laritza, la mère supérieure du couvent. Voyant l’extrême faiblesse de celle-ci, l’archevêque se précipita vers elle, s’agenouillant même pour entendre la dernière confession murmurée par la mère supérieure avant de recevoir l’extrême-onction.

Monsignor resta de marbre, malgré les gouttes de sueur qui perlaient sur son front. Après avoir oint le front ridé de la mère supérieure de l’huile bénite, l’archevêque prononca la dernière phrase que tout bon Chrétien souffrant entendait avant de quitter ce monde:

Per istam sanctam unctionem et suam piissimam misericordiam adiuvet te Dominus gratia Spiritus Sancti, ut a peccatis liberatum te salvet atque propitius allevet.

Avant la fin de la phrase, la supérieure ursuline ferma les yeux pour l’éternité.

Les quatre religieuses se retirèrent respectueusement, après avoir baisé la bague de l’archevêque. L’une d’elles prit un chemin opposé aux trois autres et accélérera soudain le pas. En marchant, elle se délesta de sa robe noire, sous laquelle elle portait une chemise et un pourpoint fort élégant. La fausse religieuse troqua son châle blanc pour un chapeau de feutre. Elle atteint l’écurie et sauta sur son cheval, filant vers le Nord.

Au galop, l’ursuline métamorphosée en cavalier repensa aux derniers événements. Tout ça avait commencé par une phrase du Duc de Sully à propos d’un don immense de la Reine au couvent Sant’Ursula.

En constatant que ce n’était rien de moins que l’archevêque de Florence qui s’était déplacé pour entendre l’ultime confession de la mère supérieure et avec les quelques brides qu’elle déchiffrée en lisant sur les lèvres asséchées de la vieille religieuse, Adelaïde de Bourbon-Condé, marquise des Isles, savait qu’elle détenait une information importante, susceptible, si bien exploitée, de faire chavirer l’échiquier politique français:

Marie de Médicis avait eu un enfant d’un père inconnu et elle avait accouché dans ce couvent une dizaine de jours avant de marier Henri IV, roi de France et de Navarre.

De Bourbon-condé se demanda ce qu’elle ferait avec cette information, mais surtout, comment l’archevêque florentin l’utiliserait.

Comments

FORT. Très fort. Moi-même, je n’ai pas venu venir mon propre subterfuge. Bien joué!

Prélude II - Beati possidentes
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