De cape et d'épée

Prélude IV - O guéridon don, o guéridon daine

Où l'on apprécie les rimes du Chevalier de Joigny

Après une discussion avec son ami le Duc de Sully qui l’avait fort troublé, le Vicomte de Joigny était sorti de sa retraite. Ses amis, Sillery, Jannin, Villeroy, Du Vair et Sully tous des gens qui avaient fidèlement servi le bon roi Henri étaient disgraciés, remplacés par des pantins du gigolo italien et de la naine hystérique.

Après avoir passé quelques semaines à mettre ses affaires et son domaine en ordre et se mit en route pour Paris, où il entendait faire quelque chose.

Quelque peu las après une journée passée à chevaucher sur les routes boueuses menant vers la capitale, De Joigny s’arrêta à une auberge, espérant y trouver un repas, du vin et un lit pour la nuit. Il commençait à neiger et le froid dehors était mordant.

Il aperçu une auberge non loin, souriant de sa chance. Le chevalier vit aussi un homme assez âgé, ayant un rosaire autour du coup qui marchait lentement, le corps recroquevillé, la main sur un bâton. Il était clair que ce pauvre gueux avait également vu l’auberge mais n’avait pas le moindre sou pour y rester.

« Et toi, dit De Joigny à l’intention de l’homme, sache que j’ai faim et soif et que je ne mange ni bois seul. Rentres, au lieu de rester dehors. »

L’homme au rosaire, estomaqué, obéit et se mit à genoux, « Merci, monseigneur, merci, Dieu vous le rendra. »

L’auberge était peu remplie et les deux hommes menèrent bon train. De Joigny était curieux, son invité, qui disait s’appeler Rosaire, et être un pauvre prêtre de campagne, lui paraissait lui cacher quelque chose. Le chevalier se demanda s’il ne s’agissait pas d’un brigand. « Qui vivra, verra » se dit-il, en commandant six autres bouteilles et un demi-chapon de boeuf.

Le Chevalier de Joigny se laissa aller à son violon d’ingrès et à son humeur, déclamant :

Si la reine allait avoir
Un enfant dans le ventre
Il serait bien noir
Car il serait d’Ancre.
O guéridon don au guéridon daine.

Le silence se fit dans la salle. Personne ne bougea. Après de longues minutes, l’atmosphère se détendit quelques peu, L’aubergiste, nerveux, apporta une bouteille « en cadeau » à De Joigny. Rosaire s’en saisit et la jetta par terre, répendant son contenu sur le sol. Le Chevalier se fâcha et empoigna le religieux itinérant :

Drôle! Qu’as-tu fait… une excellente bou…

De Joigny ne termina pas sa phrase. Un des chats de l’auberge lapa un peu de la flaque de vin et tomba raide mort. La bouteille avait été empoisonnée.

De Joigny relâcha immédiatement Rosaire: « Maître Rosaire [il l’appela ainsi pour le flatter], vous m’avez sauvé la vie. Je suis maintenant votre obligé et vous avez ma parole que je vous rendrai la pareille. Par ailleurs, si je tiens à honorer mes dettes, j’entends que ceux qui m’ont offensé en paie le prix convenu » dit-il en se saisissant de l’aubergiste.

Celui couina quelque chose et le Chevalier vït un petit homme partir à courir. Trop tard pour le poursuivre par cette noirceur, hélas !

De Joigny et Rosaire poursuivirent leur chemin à Paris, où ils se séparèrent. Avant de partir, le religieux devenu mendiant sourit dans un coin et dit à son obligé “Vous avez tort, Monseigneur, l’enfant serait plus beau que la plus belle des roses”. Sur ce, Rosaire se fondit dans la foule.

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