De cape et d'épée

1617, chapitre X - allées et venues
Où l'on apprend où se trouve la belle

De Ponthieu avait profité des quelques instants qu’il avait de libre pour mener enquête sur le destin de la belle Fleurette. Il fut réjoui de constater qu’elle était en vie, mais dépité de constater qu’elle était gardée dans les quartiers de Leonora Galigai, la femme de Concini.

Celle-ci, après avoir consulté son occultiste de service, sourit, elle avait trouvé une solution pour régler cet épineux problème, sans parler de clouer le bec au duc de Lerme. Elle se décida cependant à attendre avant de mettre son plan à exécution, désirant prolonger l’angoisse de son mari adulterin.

Pendant ce temps, le vicomte de Joigny était quant à lui décidé à faire quelque chose, mais il ignorait quoi. L’Espagnol et l’Italien représentaient des menaces qu’il fallait adresser promptment, mais comment? Il fallait des alliers et il se proposa d’aller voir le fauconnier du roi, Charles d’Albert, pour maintenir la relation et tester les eaux. Il était clair que le fauconnier détestait le maréchal d’Ancre et était prêt à agir: peut-être qu’une partie de chasse scellerait l’affaire?

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1617, chapitre IX - À l'hôtel du Duc de Lerme
Où une grande joie suit un revers

Le Duc de Lerme était furieux d’apprendre la disparition de sa captive. Il perdait une précieuse monnaie d’échange. L’Espagnol soupçonnait De la Croix d’avoir participer à l’évasion, bien qu’il n’avait aucune preuve de ce faire. Il convoqua l’épéiste à son bureau et décida de l’interroger.

De La Croix soutenu le regard du duc et ne laissa rien transpirer. Les questions devaient de plus en plus insistantes, mais De la Croix évita de commettre quelque impair que ce soit. Fort heureusement, cette séance fut interrompue par l’arrivée d’un messager.

Le messager en question ressemblait à un pélerin poussiéreux. De la Croix ne maîtrisant pas la langue espagnole, il ne put saisir la teneur de la conversation. Il vit cependant le visage du Duc s’illuminer.

Deux jours plus tard, le Duc, accompagné de son principal garde du corps et de De la Croix, chevaucha vers une mystérieuse barge qui descendait la Seine. Sa cargaison, de l’or espagnol, était arrivée et il pouvait mettre son plan en oeuvre.

De la Croix fut mandaté pour procéder à une inspection des pourtours du Louvre pour identifier le meilleur endroit pour y entrer sans être invité. Hélas pour De la Croix, ses amis ne comprirent aucune de ses allusions quant aux plans du duc.

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1617, chapitre VIII - La genèse de l'affaire
Où Rosaire s'explique

Sur les ordres de la reine-mère, les chevau-légers escortèrent la jeune Fleurette hors des lieux, laissant pantois autant le maréchal d’Ancre que nos amis. Ces derniers sortirent et purent rencontrer un Rosaire à bout de souffle. Pressé, c’est le moins qu’on puisse dire, de toute part, l’ancien vagabond devenu secrétaire expliqua l’histoire.

Rosaire avait été confesseur de Marie de Médicis alors que celle-ci n’était qu’une princesse italienne. Soudoyé à cet effet par Concini avec qui la princesse entretenait une relation amoureuse. Hélas, elle tomba enceinte.

Cette grossesse représentait une catastrophe politique pour la famille de Médicis. En effet, celle-ci venait de négocier le mariage de Marie au roi Henri IV de France. À l’insu de tous, sauf de Rosaire et de Concini, la princesse se “retira” au Monastère San Ursula pour y accoucher.

Rosaire devait ensuite prendre l’enfant et en disposer. Le gredin fut néanmoins prit de remords et s’enfuit avec l’enfant à Marseille, non sans l’avoir fait baptiser au préalable du nom de Anna, vu qu’elle était née le 26 juillet, soit le jour de la Sainte-Anne.

Rosaire indiqua à ses interlocuteurs qu’il avait toujours considérée Anna/Fleurette comme sa nièce et avait pourvu à ses besoins de temps à autre.

À une question d’un de nos camarades, Rosaire indiqua que le baptistère contenait la mention de Concino Concini comme père et qu’un espace blanc avait été laissé pour inscrire le nom de la mère. Le peu scrupuleux secrétaire ajouta que le document était désormais la possession du Duc de Lerme.

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1617, chapitre VII - Au secours de Fleurette
Où une révélation choquante suit une disparition mystérieuse

Une fois son service terminé, Jean-Baptiste Lambert de Ponthieu éperonna son cheval pour aller rejoindre la belle bouquetière à la campagne. En se renseignant de temps à autre auprès des braves paysans, il put reconstituer l’itinéraire de Fleurette et arriva à une fermette. À l’intérieur, une vieille dame, était baillonnée et inconsciente, ayant une blessure à la tête. Fort heureusement, De Ponthieu constata que la dame avait eu plus de peur que de mal. Elle put lui apprendre que Fleurette avait été enlevée de force par un groupe d’hommes venus vraisemblablement de Paris.

Dans son énervement, De Ponthieu ne remarqua même pas que la vieille dame était celle qui l’avait sauvée auparavant. Le jeune garde sauta sur son cheval pour rejoindre ses amis.

À peu près en même temps, Rosaire accourut vers le vicomte de Joigny, lui apprenant que Fleurette avait été capturée par le maréchal d’Ancre, qui en était amoureux. Or, comble du malheur, la jeune bouquetière était en réalité un enfant illégitime qu’il avait eu avec nul autre que Marie de Médicis.

Nos quatre amis se rendirent à une petite maison qui, selon De la Croix, servait de temps à autre de garçonnière à Concini. Pendant que les trois hommes combattaient les gardes, la marquise des Isles fonça vers la pièce fermée du petit bâtiment. Elle vit Fleurette couchée sur un lit, le maréchal s’en approchant, son haut de gausses délacé. Dans un coin venait Raspaillan, couteau à la main, non pas contre Mademoiselle de Bourbon-Condé, mais bien contre son maître.

Alors que les trois compères de la marquise, après avoir vaincu sans peine leurs adversaires, entrèrent à leur tour dans la pièce, l’immeuble fut envahi par un groupe de chevau-légers. À leur tête, la reine-mère en personne! Elle ordonna à tous de laisser tomber leurs armes, expliquant que “la jeune dame” (en désignant Fleurette), était sous sa protection.

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1617, chapitre VI - Présentation au roi
Où le duc de Lerme présente ses respects au roi

Le lendemain, le roi accueillait au Louvre l’ambassadeur du royaume d’Espagne, ce qui, en soit n’était guère un événement digne d’intérêt pour nos amis, sauf pour Monsieur de Ponthieu dont les fonctions l’obligaient à assurer la garde.

Toutefois, vu les circonstances dont nous avons traités plus amplement dans le chapitre précédent, chacun avait de bonnes raisons d’être présent.

Tout d’abord, l’ambasseur allait introduire à la cour le duc de Lerme, au service duquel était attaché, comme nous le savons, Monsieur de la Croix, lequel, avait profité de la journée précédente pour faire parfaire sa tenue.

Nos lecteurs nous en voudront de taire le fait que, sur une partie du trajet vers le maître tailleur, De la Croix fut rejoint par Messieurs De Joigny et de Ponthieu (Mademoiselle préférant rester derrière). D’ailleurs, après avoir laissé Monsieur De la Croix vaquer à ses occupations, Monsieur de Joigny remarqua son ancien compagnon de table en train de bouquiner sur le Pont-Neuf. De concert avec ses amis, le chevalier interrogea de façon assez corsée le mendiant devenu secrétaire particulier. Ce dernier se contenta de demi-réponses, mais devint soudainement émotif quand il dit à Monsieur De Ponthieu de faire fort attention à Fleurette. De bonne humeur ou simplement fatigué, le vicomte laissa aller Rosaire, sans le plonger dans les eaux glacées de la Seine.

Le victomte de Joigny et la marquise des Isles avait également de bonnes raisons de venir. Cette dernière, toujours aussi prévoyante, c’était toutefois mise dans une robe de deuil, pour cacher son visage et ne pas attirer l’attention sur elle, au grand damne de biens de ces monsieurs de la cour.

Le chevalier de Joigny se rendit compte que la position de chacun ressemblait à celle des pièces sur un échiquier. Les partisans du roi, dont le fauconnier d’Albert se rassemblaient près de lui, les ministres et leur maître de facto étaient dans un coin, et ceux qui épousaient la cause des Grands était dans un autre.

Le Duc de Lerme fut présenté par l’ambassadeur. Il montra au roi sa lettre de créance signée par le roi d’Espagne et fut reçu à titre d’ambassadeur extraordinaire de l’Espagne. Peu remarquèrent que ce statut faisait en sorte qu’il jouissait désormais d’une protection consentie par la couronne française.

Mademoiselle de Bourbon-Condé voulut avertir le roi qu’il y avait péril en la demeure. Hélas pour elle, elle plaida que le duc avait fait libérer le Prince de Bourbon-Condé. La jeune dame ignorait ce que nous savons depuis peu, à savoir que le duc avait également en sa possession un ordre d’incarcération et avait fait réemprisonner le prince, à la stupeur du gouverneur Châteauvieux qui, comme on pouvait s’y attendre, n’avait aucunement saisi la manoeuvre politique menée par le duc.

Lorsque les nouvelles provenant de la Bastille arrivèrent, Madamoiselle de Bourbon-Condé fut choquée. Sa crédiblité venait d’être atteinte et son oncle était derrière les barreaux de nouveau.

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1617, chapitre V - Le Prince de Bourbon-Condé
Où tout commence par un dîner à la Bastille

Le Duc de Lerme tint parole et, accompagné de Monsieur De la Croix, alla quérir Mademoiselle de Bourbon-Condé, laquelle demanda si Monsieur de Joigny pouvait se joindre avec eux, ce que le duc accepta sans hésitations.

Le fiacre prit la direction de la Bastille, ce qui ne put qu’intriguer la Marquise. Tous furent invités par Monsieur de Châteauvieux, le gouverneur de la prison, à diner avec ce dernier. La table fut fort copieuse. Tous furent ravis de constater que Monsieur De Ponthieu avec également été invité. Ce dernier vint avec un mélange de curiosité, puisque le gouverneur avait indiqué dans son billet être un ami de feu De Ponthieu père, et d’appréhension, considérant le soupir qu’avait émis le capitaine de Vitry, lorsqu’il avait eu vent de l’invitation.

Le diner fut fort copieux, mais parfois pénible en raison du penchant de Monsieur de Châteauvieux pour les anecdotes douteuses. Même un fin diplomate comme le Duc commençait à perdre patience. De Ponthieu et De Joigny prirent congé, tandis que le Senor de Sandoval y Rojas montra un document à de Châteauvieux qui pris un air grave et abasourdi: l’ordre, signé par la Reine et par le gardien des sceaux, était clair: ordre était donné à l’effet que Henri II de Bourbon-Condé soit libéré immédiatement.

la chose fut accomplie et le Prince de Bourbon-Condé, sa nièce, le Duc de Lerme et De la Croix quittèrent pour se rendre à l’hôtel du duc. Le Duc ordonna à De la Croix de les laisser seuls dans son étude et de bien garder la porte. Il prit ensuite la parole et expliqua ses motifs.

Le Duc de Lerme indiqua d’une voix neutre que les troubles en France le préoccupaient énormément et qu’il entendait y remédier en installant un roi fort sur le trône, soit Henri II de Bourbon-Condé lui-même! À cet effet, mille hommes d’armes étaient déjà présents à Paris et de l’argent provenant du trésor espagnol était en route. Comme première condition, Henri II devrait épouser Anne d’Autriche, après que cette dernière soit devenue veuve. Quant à la femme actuelle de De Bourbon-Condé, un “accident” lui arriverait sous peu.

La marquise explosa. Comme cet homme, étranger de surcroît, pouvait-il proposer un plan si démentiel, si peu honorable? Après une brève hésitation, son oncle se rangea de cet avis.

Le Duc dévisagea froidement la marquise et lui dit que son utilité était terminée. Il pesa sur un levier et le sol sous elle céda, la laissant choir dans une oubliette.

Lorsque De la Croix vit le duc et le prince sortir sans la marquise, il ne dit rien. Le Prince fut ramené à la Bastille par De Santos et le duc, lesquels avaient un second ordre signé par la reine, lequel ordonnait l’emprisonnement du Prince de Bourbon-Condé. Le pauvre De Châteauvieux n’y comprit rien.

Comme nos lecteurs le savent, Mademoiselle de Bourbon-Condé n’est pas femme à attendre qu’un preux chevalier vienne la sauver. Du nécessaire de coiffure demandé au geolier, un brave aubergiste à qui on avait promis une bonne somme d’argent, la Marquise fit quelques outils pour l’aider à sortir. Elle réussit à ouvrir la porte de sa cellule et sortit discrètement. Le seul témoin de sa sortie fut de la Croix qui ne dit rien, mais lui prêta sa cape.

Pendant ce temps, Messieurs de Joigny et de Ponthieu tentaient de trouver une solution pour sauver Mademoiselle de Bourbon-Condé, laquelle, selon une Geneviève fort inquiète, n’était pas revenue coucher. Ce fut la marquise qui les vit et vint à leur rencontre.

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1617, chapitre IV - Au service du roi
Où Monsieur de Joigny offre ses services au roi

Plusieurs de nos lecteurs nous feront violence de constater que, dans le chapitre précédent, nous n’avons qu’effleurer le sujet des tribulations de Messieurs de Joigny et de Ponthieu ainsi que de la marquise de Bourbon-Condé. À ceux-ci, ainsi qu’à ceux-là, nous rétorquons que tout vient à point à ceux qui savent attendre et les invitons à lire ce qui suit.

Pendant que Monsieur De la Croix allait visiter ses anciens compagnons, Monsieur de Ponthieu remplissait ses devoirs à titre de garde de corps du roi. Toutefois, alors que De Ponthieu de la messe auquel il assista à Notre-Dame-de-Paris, un événement agréable, mais troublant se produisit.

Quelqu’un tapota légèrement sur le bras de De Ponthieu. Lorsque ce dernier se retourna, il constate l’identité de la personne qui essayait d’attirer son attention. Son coeur battit fort alors que De Ponthieu constata qu’il s’agissait de la belle Fleurette. Celle-ci lui offrit ses excuses pour lui avoir manqué d’égards alors qu’il l’avait sauvée des griffes de Raspaillan.

Celui qui affirmait que l’amour est aveugle ne connaissait manifestement pas De Ponthieu. Ce dernier repéra parmi la foule qui sortait de l’église une silhouette encapuchonnée qui le scrutait. Malheureusement, elle disparu dans la foule dans le temps d’un battement de coeur.

La bouquetière, toujours aussi obstinée, refusa l’offre du jeune soldat de la raccompagner. Elle lui indiqua que ce dimanche était jour de congé pour elle et qu’elle quittait pour la campagne. De Ponthieu insista, plaidant la présence obscure qu’il avait décelée. Malheureusement, son réquisitoire fut interrompu par un collègue qui lui rappela poliment mais fermement qu’il était en service et devait escorter le roi qui quittait pour revenir au Louvre.

Alors qu’il avait prit son service, de Ponthieu apprit qu’audience particulière avait été consentie au Vicomte de Joigny. À cette audience, que le vicomte avait arraché autant par sa réputation que par ses contacts, le roi le remercia pour les services qu’il avait rendu au défunt roi Henri. De Joigny assura Sa Majesté qu’il entendait également le service de la meilleure façon possible, sous-entendant qu’il fallait que des mesures soient prises pour assurer que le roi récupère ses pleins pouvoirs, lui qui, selon l’enquête menée par De Joigny, n’était même pas convoqué au conseil des ministres et devait recevoir ses visiteurs dans un réduit gros comme une armoire à balais.

Le roi soupira, plaidant que le temps ferait son oeuvre et congédia le vicomte. Ce dernier, comme le constata De Ponthieu, fut pris à part par le fauconnier du roi, lequel lui fit part qu’il entendait agir pour remédier à la situation. De Joigny lui assura sa collaboration.

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1617, chapitre III - Le duc de Lerme (encore)
Où Monsieur De La Croix trouve un emploi.

Tel que prévu, Joseph Antoine de La Croix se présenta à l’hôtel du Duc de Lerme le lendemain. Ce dernier l’embaucha, lui offrant même une majoration de 10% sur les gages qu’il touchait chez son employeur précédent.

Le duc présenta De la Croix à celui qu’il décrit comme “sa main droite et sa main gauche”, un grand homme au physique austère.

La première mission confiée à notre ami de Montpellier lui fût donnée dès lors. Avec De Santos, il devrait escorter le duc à l’Hôtel de Tournon, incidemment, le lieu où résidant son ancien maître. Évidemment, De la Croix comprit qu’un geste de violence serait mal apprécié. Le trajet jusqu’à la résidence du maréchal d’Ancre ne cause aucun problème particulier. À l’Hôtel de Tournon, De la Croix et De Santos restèrent dans la cour, pendant que le Duc alla rencontrer le Maréchal.

Les choses ne tardèrent pas à prendre un tournant dangereux quand les sbires de Concini, De Raspaillan en tête, tournèrent autour de leur ancien frère d’armes, le narguant, manifestement dans le but que les lames soient tirées. À sarcasme, sarcasme et demi! À l’insulte, on répond à l’insulte!Les ripostes verbales de De la Croix furent aussi pointues, voire davantage que son arme! De Raspaillan, avec son caractère ombrageux, perdit son calme et entendant son maître arrivé, quitta les lieux en furie.

Effectivement, le Duc et le Maréchal revinrent. Le Duc affichait un air radieux alors qu’il mettait deux documents dans son pourpoint. Le Maréchal suait à grosses gouttes, malgré le froid hivernal, faisant mine d’afficher un sourire.

La troupe du Duc se mit en route et De la Croix fut mandaté pour aller porter une invitation à Mademoiselle de Bourbon-Condé, à l’effet qu’une surprise l’attendait pour ce soir. La marquise se montra, comme à son habitude, fort gracieuse, mais n’hésite pas à conférer avec le Chevalier de Joigny à propos de ce duc qui, s’il était d’un commerce fort agréable, ne lui inspirait pas toute la confiance du monde.

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1617, chapitre II - Le Duc de Lerme
Où nos amis ont une soirée fort occupée

Mademoiselle de Bourbon-Condé étant une jeune femme qui aime plonger rapidement dans l’action, nous avons quelque peu négligé de traiter des affaires de sa maison. Revenons-donc en arrière.

Lors de son déjeuner, De Bourbon-Condé apprend qu’elle est invitée à un dîner chez le Duc de Lerme, un noble espagnol arrivé à Paris, depuis peu. C’est après avoir inscrit cet événement à son agenda qu’elle quitte.

Elle n’est pas la seule à être invitée à ce souper, loin de là.

Au loin, deux hommes avaient observé l’altercation entre De Raspaillan et De Ponthieu. En pointant ce dernier, l’un d’eux dit en espagnol : « C’est lui qui nous faut. ». Son compère, un grand colosse, mit la main sur l’épaule de De Ponthieu pour attirer son attention et lui indiqua que son maître était fort intéressé à le rencontrer. Une invitation écrite fut transmise à l’attention du jeune homme, toujours à l’Hôtel de Vitry.

De même, De la Croix reçut également une invitation, tout comme le victomteDe Joigny, encore que, dans le cas de ce dernier, il avait négocié fort avec Mlle de Bourbon-Condé pour lui servir de « chaperon » et était presqu’au bout de ses peines. Nous ignorons toutefois si De Joigny fit part à son interlocutrice de la perception qu’avait Henri IV de son oncle.

De la Croix, par habitude plus que par réelle crainte d’une mésaventure, se renseigna sur le Duc de Lerme et apprit que ce dernier offrait à manger aux mendiants une fois par semaine et en recevait certains en audience. Sa réputation, parmi les classes populaires, était donc plus qu’enviable.

Tous acceptèrent et, rendus à l’hôtel du Duc, rue du Temple, furent surpris de constater qu’ils étaient les seuls invités. Le Duc les reçut chaleureusement, ayant une bonne parole pour chacun. Les plats étaient bons, les vins étaient capiteux et même le plus sévère et blasé des invités aurait convenu

D’un coin de l’œil, le vieux De Joigny aperçut Rosaire, désormais fort bien vêtu. Il en murmura un mot à Bourbon-Condé qui commença à penser à un moyen d’en apprendre davantage sur ce mystérieux religieux mendiant devenu secrétaire particulier tout ce qui a de plus honorable.

De Ponthieu étant le plus jeune des convives, il était celui qui jouait le plus cartes sur table. Il toisa froidement De la Croix, reprochant à ce dernier d’avoir tué son ami lors d’un duel. De la Croix trouva l’accusation un peu étrange, puisque tous reconnaissaient que le duel avait été mené dans les règles de l’art. Le Duc de Lerme tenta de calmer le jeu. Il offrit également une position à De la Croix dans sa maison ainsi toute son aide à De Ponthieu dans la réalisation de ses objectifs, à savoir récupérer son château. De la Croix accepta, suggérant que les modalités soient discutées le lendemain, ce à quoi le Duc agréa.

L’atmosphère se détendit un peu lorsque De la Croix comprit que c’était De Ponthieu qui s’était opposé à De Raspaillan.

Pendant la conversation, le Duc de Lerme sonda nos quatre amis sur les idées politiques, leurs objectifs et autres choses. De Bourbon-Condé n’était pas dupe ; il était clair que, malgré ses assurances à l’effet contraire, le Duc de Lerme en savait beaucoup sur la politique parisienne.

Questionné sur ses motivations à inviter ces gens disparates ensemble, le Duc leur répondit que chacun d’entre eux avait démontré un grand courage, ce qu’il admirait fortement.

Pendant la soirée, de Bourbon-Condé s’éclipsa, prétextant un inconvénient dû au beau sexe. Dans els faits, elle se dirigea vers Rosaire et lui posa quelques questions. Nous ignorons si sa motivation pour ce faire venait d’une interprétation des faits erronée de De Joigny. Quoi qu’il en soit, l’interrogatoire mené rondement lui apprit que Rosaire était réellement au service du Duc de Lerme de son plein gré.

La soirée se termina et déjà les hommes faisaient des plans pour terminer la soirée dans quelque cabaret ou tripot, après avoir ramené leur compagne chez elle.

Tous partirent ensemble. Chemin faisant, De La Croix et De Joigny aperçurent le reflet de la lune dans des lames d’acier. Une embuscade les visant s’apprêtait à se mettre en branle. Ils ralentirent et prirent place.

De la Croix, flanc contre un mur, fit aller sa rapière contre ses assaillants, qui arrivèrent épée en main. Il en tua deux.

De Joigny chargea et sorti son pistolet. Le victome, d’un coup adroit, fit s’effondrer une corniche mal entretenue d’un immeuble, ensevelissant sous les débris huit sbires.

De Ponthieu sauta sur le toit du carrosse de De Bourbon-Condé. Il fut rejoint par un adversaire, qui se retrouva paralysée de honte lorsque le garde du corps du roi lui fit tomber son haut-de-chausse. Un coup discret de stylet par la propriétaire du carrosse n’arrangea guère les choses pour ce pauvre homme.

Finalement, sortant de l’ombre, un couteau vola vers De la Croix qui réussit à l’éviter à la dernière minute. Il sentit sur sa joue le froid du métal de la lame de l’arme. Une telle attaque était la signature deSebastien Odet de Vaillons, son plus proche collaborateur lorsqu’il travaillait pour le Maréchal d’Ancre.

Les assaillants tués, blessés ou mis en déroute, nos amis continuèrent. Laissant chez elle, Mademoiselle. Les trois hommes allèrent dans un tripot pour continuer la soirée. Là-bas, ils furent rejoint par un jeune Auvergnois, un certain Grégoire De Scorailles. La fête se poursuivit.

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1617, chapitre I - la rue Saint-Honoré
Un matin d'hiver pas comme les autres

Geneviève, brave servante, s’il en est une, était tôt le matin en train effectuer quelques achats pour la maison qui l’employait. Elle s’engouffra dans la foule parisienne pour se diriger vers les halles.

Arrivée rue Saint-Honoré, la servante constate que les soudards du maréchal d’Ancre traînaient vers une potence un homme portant un rosaire autour du cou. L’un des sbires reste derrière et va vers une jeune femme, nous reviendrons à celui-ci ultérieurement.

De la foule, un homme âgé, main sur sa rapière se met entre la sinistre procession et la corde de chanvre.

Cet homme, qu’on dit être le Vicomte de Joigny, exige des explications quant à la pendaison d’un pauvre servant de Dieu. Les soudards ne coopèrent pas et, bien au contraire, le narguent et ui font des menaces. Le chevalier de Joigny sort sa rapière et bouscule l’un des matamores. Les autres répondent. La foule, après qu’il en est appelé à elle, se met du côté du héro de guerre et, le voyant en mauvaise posture, prend sa défense, invective copieusement les servants de Concini. La tempête verbale se transforme très vite en émeute!

Hélas, Geneviève n’est pas omnisciente et ne voit pas que De Joigny, rapide comme l’éclair, ne prend qu’une seconde pour prendre Rosaire par le cou et l’amener dans une venelle à l’écart. Elle ne l’entend pas lui demander de lui donner quelques explications moyennant un copieux déjeuner à l’auberge où il loge.

Revenons au soudard qui était resté à l’écart.

Bien que Geneviève ne l’ait pas vu, le ferblantier Maître Paulin, dont on sait qu’il ne boit presque pas, l’a vu et c’est tout comme, du moins, c’est ce qu’elle nous assure. Le bravo se dirige vers la belle bouquetière, dont on admire à la fois sa beauté et celle de ses fleurs, séchées vu que nous sommes en saison froide.

Le soudard, le Baron de Raspaillan, n’est guère délicat. Il prend celle que l’on surnomme Fleurette, par le cou et tente d’amener ses lèvres vers les siennes. Ayant vu la chose, un des gardes du corps du Roi, aujourd’hui en pause, passe à l’action. La belle Fleurette est projetée dans la fange, alors que les deux hommes sortent leur épée. De Raspaillan ayant décidé qu’il serait agréable que ce chevalier blanc autoproclamé périsse devant sa belle.

Le duel est cependant rapidement interrompu pour cause de force majeure. Du moins, bien des avocats au Parlement seraient d’avis de qualifier ainsi une foule en furie qui poursuit les soudards du Maréchal d’Ancre. De Ponthieu, le garde du corps, saisit délicatement la jeune femme et l’écarte de la foule. Maître Paulin, contrairement à nous, ignore cependant que De Ponthieu avait immédiatement reconnu en la bouquetière la jeune fille qui l’a sauvé autrefois.

Fleurette remercie son sauveur de son service, mais refuse catégoriquement une escorte de ce dernier. À cet effet, elle est très froide. Peut-être honteux de vivre dans un petit grenier, De Ponthieu l’invite à le contacter par billet laissé à l’hôtel du marquis de Vitry, son capitaine.

Geneviève réserve sa dernière visite pour l’oribusier, Maître Bastelet, un charmant quinquagénaire au commerce agréable.

Trève d’indiscrétions, revenons à nos héros.

Pendant que Geneviève entre dans l’échoppe de l’oribusier, la monture d’un cavalier prend soudainement peur, rue et se lance à toute vitesse dans une petite rue étroite. Le cheval entre en collision avec une charrette et se brise une jambe. Le cavalier est projeté par-dessus bord. Joseph Antoine de la Croix assiste à la scène et décide d’aller porter secours au malchanceux, en l’aidant à se relever. La victime n’est nulle autre que le roi Louis XIII.

De la Croix et la roi n’ont pas le temps de faire des présentations. La foule se rue dans la petite ruelle, assoiffée du sang d’un servant de Concini! Le bretteur sort son épée et commence à intimider la petite meute. Les vilains reculent et deviennent rouge de honte lorsqu’ils constatent que De la Croix protégeait le roi, à qui ils demandent pardon.

L’escorte royale, menée par De Luynes arrive immédiatement. De la Croix distingue clairement la jalousie dans les yeux du fauconnier. Le Roi, qui n’a rien vu de cela, offre à De la Croix une bourse remplie de pièces et lui offre de l’escorter jusqu’au Louvres, ce que l’ancien bravo de Concini accepte avec une joie non feinte, surtout que Sa Majesté lui offre le cheval comme cadeau.

Et Geneviève, elle? Et bien, une fois ses courses faites, elle rentre à l’Hôtel de Condi, s’assure que le déjeuner de sa maîtresse est prêt et raconte à cette dernière tout ce dont elle a vu ou entendu parler ce jour-là.

Mademoiselle De Bourbon-Condé décide d’aller visiter De Joigny. À cette fin, elle identifie rapidement où le victomte demeure et va l’approcher, restant dans l’ombre pour ne pas être vu par son interlocuteur.

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