De cape et d'épée

Prélude I - Il Capitan
Où l'on fait connaissance avec Monsieur de la Croix

Joseph-Antoine de la Croix, couvert de poussière et de boue, arpentait d’un pas preste les salles de l’Hôtel de Tournon, comme il l’avait fait des centaines de fois depuis qu’il avait fait la longue chevauchée de son Languedoc natal jusqu’à Paris pour accumuler gloire et fortune et qu’il s’était mis au service du maréchal d’Ancre, maître des lieux.

Les choses n’avaient pas été entièrement mauvaises pour De la Croix. le Maréchal payait plutôt bien et son service lui avait permis de croiser le fer avec des grands bretteurs, histoire de tester l’enseignement martial reçu du Signor Fabris.

Par contre, et bien que cela ne lui déplaisait pas trop, servir le Maréchal d’Ancre lui avait également assuré l’inimité, voir la haine de plusieurs gentilhommes de France qui s’étaient dressés contre le pouvoir du petit roi ou plutôt de sa mère. De la Croix n’avait guère d’estime pour eux. Sa famille avait toujours servi le roi et continuerait de le servir jusqu’à la fin de temps.

D’un grand mouvement, De la Croix ouvrit la porte finement ouvragée qui était devant lui et pénétra dans une grande salle aux luxeuses boiseries où un homme à la barbe grisonnante regardait distraitement une troupe de comédiens italiens interpréter les personnages typiques de la commedia dell’arte.

Dans un florentin impeccable, De la Croix prit la porte :

- Monsignor, vous m’avez fait quérir.

L’homme, le Maréchal d’Ancre lui-même, tourna la tête et lui répondit dans la même langue :

- Si. Il y a une jeune fille, une bouquetière, la più bellissima, je la veux ici. Un cazo s’est épris d’elle. Lui, je le veux mort.

De la Croix sentit son sang bouillir, d’une voix neutre mais sèche, il rétorqua :

- Alors que j’étais au chevet de mon père qui se meurt, vous m’avez fait chevaucher nuit et jour pour que je m’occupe d’une vulgaire histoire de coeur? Mon père s’est saigné à blanc pour me mettre apprenti chez le Signor Fabris! Pensez-vous qu’il serait fier de son fils aîné, réduit à agir comme un vulgaire assassin? Et, pour aussi peu?

- Per bacco! Ce que ton père, un petit nobliau de province, pense, je n’en ai cure. Tu vas..

- Certes, ma noblesse est petite, mais cette noblesse, aussi petite soit-elle, été acquise par le sacrifice du sang, contrairement à la vôtre qui a été achetée, comme on acquiert un cochon aux Halles. Allons, Monsignor, cessez ces mauvaises blagues, vous ressemblez à Pantalone, dit De la Croix en pointant l’un des comédiens.

Cette insulte piqua le Maréchal d’Ancre :

- Si je suis Pantalone, toi, tu es Il capitan, le fanfaron braillard à l’épée qui a peur de se battre. Allez! Du balais! Sors d’ici, cette discussion est terminée!

De la Croix ressortit également et sentit la porte être barrée derrière lui. Devant le Languedocien cinq hommes patibulaires, dont un qu’il détestait particulièrement, le regardaient avec un air mauvais, mettant leur main à leur arme.
Le seul regard froid de De la Croix, celui qui avait fait reculer bien des bravos, les arrêta.

- Messieurs, si vous en faites la demande, je puis vous affronter tous, un à la suite de l’autre ou tout ensemble. Je préférerais toutefois que la chose s’accomplisse immédiatement. J’ai fort mauvaise mémoire et je risque d’oublier les noms de vos maîtresses, femmes et parents éplorés si nous différons trop l’affaire.

Aucun ne bougea le moindre mouvement.

De la Croix sortit et savait alors que les prochains jours seraient occupés. On ne pouvait insulter le maître réel de la France sans en subir un prix terrible.

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Prélude II - Beati possidentes
Où l’on a l’honneur d’être présenté à Mlle de Bourbon-Condé

Même le chaud soleil toscan n’arrivait pas réchauffer les dalles et les murs de pierre du couvent Sant’Ursula et ses rayons semblaient incapables de pénétrer l’intérieur du couvent.

Quatre ursulines marchaient silencieusement, portant une litière sur laquelle était allongée une femme âgée, visiblement au bout de ses forces. Rien ne venait troubler le silence et la quiétude des lieux.

Malgré l’humidité, la porte s’ouvrit sans problème. Suite à un gémissement à peine perceptible provenant de la vieille dame, les quatre religieuses déposèrent avec un soin infini la litière sur le sol.

En retrait dans un coin, ce n’était rien de mois que l’archevêque de Florence, Monsignor Alessandro Marci Medici qui allait la confesser la ville dame, Madre Laritza, la mère supérieure du couvent. Voyant l’extrême faiblesse de celle-ci, l’archevêque se précipita vers elle, s’agenouillant même pour entendre la dernière confession murmurée par la mère supérieure avant de recevoir l’extrême-onction.

Monsignor resta de marbre, malgré les gouttes de sueur qui perlaient sur son front. Après avoir oint le front ridé de la mère supérieure de l’huile bénite, l’archevêque prononca la dernière phrase que tout bon Chrétien souffrant entendait avant de quitter ce monde:

Per istam sanctam unctionem et suam piissimam misericordiam adiuvet te Dominus gratia Spiritus Sancti, ut a peccatis liberatum te salvet atque propitius allevet.

Avant la fin de la phrase, la supérieure ursuline ferma les yeux pour l’éternité.

Les quatre religieuses se retirèrent respectueusement, après avoir baisé la bague de l’archevêque. L’une d’elles prit un chemin opposé aux trois autres et accélérera soudain le pas. En marchant, elle se délesta de sa robe noire, sous laquelle elle portait une chemise et un pourpoint fort élégant. La fausse religieuse troqua son châle blanc pour un chapeau de feutre. Elle atteint l’écurie et sauta sur son cheval, filant vers le Nord.

Au galop, l’ursuline métamorphosée en cavalier repensa aux derniers événements. Tout ça avait commencé par une phrase du Duc de Sully à propos d’un don immense de la Reine au couvent Sant’Ursula.

En constatant que ce n’était rien de moins que l’archevêque de Florence qui s’était déplacé pour entendre l’ultime confession de la mère supérieure et avec les quelques brides qu’elle déchiffrée en lisant sur les lèvres asséchées de la vieille religieuse, Adelaïde de Bourbon-Condé, marquise des Isles, savait qu’elle détenait une information importante, susceptible, si bien exploitée, de faire chavirer l’échiquier politique français:

Marie de Médicis avait eu un enfant d’un père inconnu et elle avait accouché dans ce couvent une dizaine de jours avant de marier Henri IV, roi de France et de Navarre.

De Bourbon-condé se demanda ce qu’elle ferait avec cette information, mais surtout, comment l’archevêque florentin l’utiliserait.

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Prélude III - La roche tarpéienne est proche du Capitole
Où l'on tire l'épée avec Monsieur de Ponthieu

Comme tant d’autres garçonnets de son siècle et d’avant, Jean-Baptise Lambert de Ponthieu avait rêvé d’être roi. Jeune, il s’imaginait être le bon Henri IV, paradant en vainqueur à Paris après avoir unifié son royaume, ou, tel Saint-Louis, combattant les Maures dans la lointaine Carthages.

Une seule journée à titre de Garde du Corps de sa Majesté, à vrai dire sa première, avait suffit à faire éclater ce rêve.

Assigné par son capitaine à la garde d’un petit espace mal meublé avec un de ses collègues, de Ponthieu fut fort surpris de constater que ce réduit était en réalité le bureau du roi. Ce dernier était occupé à prendre connaissance des édits signés en son nom par son conseil des ministres, auquel il n’était jamais convoqué.

Sans trop laissé le temps à l’huissier de l’annoncer, le maréchal d’Ancre entra d’un pas vif dans le bureau du roi. De Ponthieu pouvait voir que deux de ses soudards était à la porte. Sans y être invité et sans retirer son chapeau de feutre, le signor Concini s’adressa au roi :

Votre Majesté, j’ai crû comprendre que la Reine votre mère n’aurait pas donné suite à votre dernière demande.

Sur le coup, De Ponthieu était glacé devant tant d’impudence. Sans attendre la réponse du roi, le maréchal d’Ancre continua, avec une pointe de sarcasme :

Comme Votre Majesté le sait, je suis son plus fidèle serviteur. Je suis bien fâché de la réponse de la Reine à votre requête. Je me permets donc de vous fournir ce que vous avez demandé. Ne me remerciez pas, ce que j’ai provient uniquement de feu votre père. Il est normal qu’une partie vous revienne.

Il sortit de son pourpoint une bourse remplie d’écus.

Le roi Louis devint rouge de honte. C’est alors que De Ponthieu dégaina sa rapière, regardant l’Italien devant lui :

Monseigneur, en tant que gentilhomme, je me dois de vous rappeler que vous êtes en France ici et non en Italie et que vous vous adressez au roi. Si une telle façon de s’adresser au premier gentilhome du pays est permise dans vos contrées, ce dont je doute fort, elle est tout à fait inacceptable ici.

Le Maréchal lui répondit en crânant:

Que? Plaît-il? Un jeune homme sans feu ni lieu se permet de s’adresser à moi?

L’autre garde, de même que les soudards sortirent eux aussi leur épée. De Ponthieu constata alors que toutes leurs lames étaient dirigées contre lui.

Sa Majesté, d’un geste, imposa aux belligérants de rengainer leurs armes. D’une voix tremblante, mais d’un regard digne, il regarda le maréchal d’Ancre et lui remit la bourse, comme si celui-ci ne l’avait qu’échappée. Le roi les chassa tous de son bureau.

De Ponthieu savait ce qu’il l’attendait quand il rentra à l’hôtel de son capitaine, à savoir être mis au arrêt ou être démis de ses fonctions. Le jeune Picard savait que Marie de Médicis elle-même avait été se plaindre de l’atteinte faite à son favori.

Le marquis de Vitry l’invita à l’asseoir et lui servit un verre d’un excellent vin d’Anjou. Stupéfait, De Ponthieu balbutia une question. Son capitaine lui répondit simplement « Ordre du roi », lui montrant un billet écrit de la main même de Sa Majesté ordonnant que la sanction à attribuer à Monsieur de Ponthieu pour ses derniers agissements soit de boire à la santé du roi.

« Pour le roi ! » dirent les deux hommes.

À l’issue de la rencontre, le marquis de Vitry le regarda droit dans les yeux et lui dit d’une voix ferme : « De Ponthieu, n’oubliez pas que la roche tarpéienne est proche du Capitole ».

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Prélude IV - O guéridon don, o guéridon daine
Où l'on apprécie les rimes du Chevalier de Joigny

Après une discussion avec son ami le Duc de Sully qui l’avait fort troublé, le Vicomte de Joigny était sorti de sa retraite. Ses amis, Sillery, Jannin, Villeroy, Du Vair et Sully tous des gens qui avaient fidèlement servi le bon roi Henri étaient disgraciés, remplacés par des pantins du gigolo italien et de la naine hystérique.

Après avoir passé quelques semaines à mettre ses affaires et son domaine en ordre et se mit en route pour Paris, où il entendait faire quelque chose.

Quelque peu las après une journée passée à chevaucher sur les routes boueuses menant vers la capitale, De Joigny s’arrêta à une auberge, espérant y trouver un repas, du vin et un lit pour la nuit. Il commençait à neiger et le froid dehors était mordant.

Il aperçu une auberge non loin, souriant de sa chance. Le chevalier vit aussi un homme assez âgé, ayant un rosaire autour du coup qui marchait lentement, le corps recroquevillé, la main sur un bâton. Il était clair que ce pauvre gueux avait également vu l’auberge mais n’avait pas le moindre sou pour y rester.

« Et toi, dit De Joigny à l’intention de l’homme, sache que j’ai faim et soif et que je ne mange ni bois seul. Rentres, au lieu de rester dehors. »

L’homme au rosaire, estomaqué, obéit et se mit à genoux, « Merci, monseigneur, merci, Dieu vous le rendra. »

L’auberge était peu remplie et les deux hommes menèrent bon train. De Joigny était curieux, son invité, qui disait s’appeler Rosaire, et être un pauvre prêtre de campagne, lui paraissait lui cacher quelque chose. Le chevalier se demanda s’il ne s’agissait pas d’un brigand. « Qui vivra, verra » se dit-il, en commandant six autres bouteilles et un demi-chapon de boeuf.

Le Chevalier de Joigny se laissa aller à son violon d’ingrès et à son humeur, déclamant :

Si la reine allait avoir
Un enfant dans le ventre
Il serait bien noir
Car il serait d’Ancre.
O guéridon don au guéridon daine.

Le silence se fit dans la salle. Personne ne bougea. Après de longues minutes, l’atmosphère se détendit quelques peu, L’aubergiste, nerveux, apporta une bouteille « en cadeau » à De Joigny. Rosaire s’en saisit et la jetta par terre, répendant son contenu sur le sol. Le Chevalier se fâcha et empoigna le religieux itinérant :

Drôle! Qu’as-tu fait… une excellente bou…

De Joigny ne termina pas sa phrase. Un des chats de l’auberge lapa un peu de la flaque de vin et tomba raide mort. La bouteille avait été empoisonnée.

De Joigny relâcha immédiatement Rosaire: « Maître Rosaire [il l’appela ainsi pour le flatter], vous m’avez sauvé la vie. Je suis maintenant votre obligé et vous avez ma parole que je vous rendrai la pareille. Par ailleurs, si je tiens à honorer mes dettes, j’entends que ceux qui m’ont offensé en paie le prix convenu » dit-il en se saisissant de l’aubergiste.

Celui couina quelque chose et le Chevalier vït un petit homme partir à courir. Trop tard pour le poursuivre par cette noirceur, hélas !

De Joigny et Rosaire poursuivirent leur chemin à Paris, où ils se séparèrent. Avant de partir, le religieux devenu mendiant sourit dans un coin et dit à son obligé “Vous avez tort, Monseigneur, l’enfant serait plus beau que la plus belle des roses”. Sur ce, Rosaire se fondit dans la foule.

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1617, chapitre I - la rue Saint-Honoré
Un matin d'hiver pas comme les autres

Geneviève, brave servante, s’il en est une, était tôt le matin en train effectuer quelques achats pour la maison qui l’employait. Elle s’engouffra dans la foule parisienne pour se diriger vers les halles.

Arrivée rue Saint-Honoré, la servante constate que les soudards du maréchal d’Ancre traînaient vers une potence un homme portant un rosaire autour du cou. L’un des sbires reste derrière et va vers une jeune femme, nous reviendrons à celui-ci ultérieurement.

De la foule, un homme âgé, main sur sa rapière se met entre la sinistre procession et la corde de chanvre.

Cet homme, qu’on dit être le Vicomte de Joigny, exige des explications quant à la pendaison d’un pauvre servant de Dieu. Les soudards ne coopèrent pas et, bien au contraire, le narguent et ui font des menaces. Le chevalier de Joigny sort sa rapière et bouscule l’un des matamores. Les autres répondent. La foule, après qu’il en est appelé à elle, se met du côté du héro de guerre et, le voyant en mauvaise posture, prend sa défense, invective copieusement les servants de Concini. La tempête verbale se transforme très vite en émeute!

Hélas, Geneviève n’est pas omnisciente et ne voit pas que De Joigny, rapide comme l’éclair, ne prend qu’une seconde pour prendre Rosaire par le cou et l’amener dans une venelle à l’écart. Elle ne l’entend pas lui demander de lui donner quelques explications moyennant un copieux déjeuner à l’auberge où il loge.

Revenons au soudard qui était resté à l’écart.

Bien que Geneviève ne l’ait pas vu, le ferblantier Maître Paulin, dont on sait qu’il ne boit presque pas, l’a vu et c’est tout comme, du moins, c’est ce qu’elle nous assure. Le bravo se dirige vers la belle bouquetière, dont on admire à la fois sa beauté et celle de ses fleurs, séchées vu que nous sommes en saison froide.

Le soudard, le Baron de Raspaillan, n’est guère délicat. Il prend celle que l’on surnomme Fleurette, par le cou et tente d’amener ses lèvres vers les siennes. Ayant vu la chose, un des gardes du corps du Roi, aujourd’hui en pause, passe à l’action. La belle Fleurette est projetée dans la fange, alors que les deux hommes sortent leur épée. De Raspaillan ayant décidé qu’il serait agréable que ce chevalier blanc autoproclamé périsse devant sa belle.

Le duel est cependant rapidement interrompu pour cause de force majeure. Du moins, bien des avocats au Parlement seraient d’avis de qualifier ainsi une foule en furie qui poursuit les soudards du Maréchal d’Ancre. De Ponthieu, le garde du corps, saisit délicatement la jeune femme et l’écarte de la foule. Maître Paulin, contrairement à nous, ignore cependant que De Ponthieu avait immédiatement reconnu en la bouquetière la jeune fille qui l’a sauvé autrefois.

Fleurette remercie son sauveur de son service, mais refuse catégoriquement une escorte de ce dernier. À cet effet, elle est très froide. Peut-être honteux de vivre dans un petit grenier, De Ponthieu l’invite à le contacter par billet laissé à l’hôtel du marquis de Vitry, son capitaine.

Geneviève réserve sa dernière visite pour l’oribusier, Maître Bastelet, un charmant quinquagénaire au commerce agréable.

Trève d’indiscrétions, revenons à nos héros.

Pendant que Geneviève entre dans l’échoppe de l’oribusier, la monture d’un cavalier prend soudainement peur, rue et se lance à toute vitesse dans une petite rue étroite. Le cheval entre en collision avec une charrette et se brise une jambe. Le cavalier est projeté par-dessus bord. Joseph Antoine de la Croix assiste à la scène et décide d’aller porter secours au malchanceux, en l’aidant à se relever. La victime n’est nulle autre que le roi Louis XIII.

De la Croix et la roi n’ont pas le temps de faire des présentations. La foule se rue dans la petite ruelle, assoiffée du sang d’un servant de Concini! Le bretteur sort son épée et commence à intimider la petite meute. Les vilains reculent et deviennent rouge de honte lorsqu’ils constatent que De la Croix protégeait le roi, à qui ils demandent pardon.

L’escorte royale, menée par De Luynes arrive immédiatement. De la Croix distingue clairement la jalousie dans les yeux du fauconnier. Le Roi, qui n’a rien vu de cela, offre à De la Croix une bourse remplie de pièces et lui offre de l’escorter jusqu’au Louvres, ce que l’ancien bravo de Concini accepte avec une joie non feinte, surtout que Sa Majesté lui offre le cheval comme cadeau.

Et Geneviève, elle? Et bien, une fois ses courses faites, elle rentre à l’Hôtel de Condi, s’assure que le déjeuner de sa maîtresse est prêt et raconte à cette dernière tout ce dont elle a vu ou entendu parler ce jour-là.

Mademoiselle De Bourbon-Condé décide d’aller visiter De Joigny. À cette fin, elle identifie rapidement où le victomte demeure et va l’approcher, restant dans l’ombre pour ne pas être vu par son interlocuteur.

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1617, chapitre II - Le Duc de Lerme
Où nos amis ont une soirée fort occupée

Mademoiselle de Bourbon-Condé étant une jeune femme qui aime plonger rapidement dans l’action, nous avons quelque peu négligé de traiter des affaires de sa maison. Revenons-donc en arrière.

Lors de son déjeuner, De Bourbon-Condé apprend qu’elle est invitée à un dîner chez le Duc de Lerme, un noble espagnol arrivé à Paris, depuis peu. C’est après avoir inscrit cet événement à son agenda qu’elle quitte.

Elle n’est pas la seule à être invitée à ce souper, loin de là.

Au loin, deux hommes avaient observé l’altercation entre De Raspaillan et De Ponthieu. En pointant ce dernier, l’un d’eux dit en espagnol : « C’est lui qui nous faut. ». Son compère, un grand colosse, mit la main sur l’épaule de De Ponthieu pour attirer son attention et lui indiqua que son maître était fort intéressé à le rencontrer. Une invitation écrite fut transmise à l’attention du jeune homme, toujours à l’Hôtel de Vitry.

De même, De la Croix reçut également une invitation, tout comme le victomteDe Joigny, encore que, dans le cas de ce dernier, il avait négocié fort avec Mlle de Bourbon-Condé pour lui servir de « chaperon » et était presqu’au bout de ses peines. Nous ignorons toutefois si De Joigny fit part à son interlocutrice de la perception qu’avait Henri IV de son oncle.

De la Croix, par habitude plus que par réelle crainte d’une mésaventure, se renseigna sur le Duc de Lerme et apprit que ce dernier offrait à manger aux mendiants une fois par semaine et en recevait certains en audience. Sa réputation, parmi les classes populaires, était donc plus qu’enviable.

Tous acceptèrent et, rendus à l’hôtel du Duc, rue du Temple, furent surpris de constater qu’ils étaient les seuls invités. Le Duc les reçut chaleureusement, ayant une bonne parole pour chacun. Les plats étaient bons, les vins étaient capiteux et même le plus sévère et blasé des invités aurait convenu

D’un coin de l’œil, le vieux De Joigny aperçut Rosaire, désormais fort bien vêtu. Il en murmura un mot à Bourbon-Condé qui commença à penser à un moyen d’en apprendre davantage sur ce mystérieux religieux mendiant devenu secrétaire particulier tout ce qui a de plus honorable.

De Ponthieu étant le plus jeune des convives, il était celui qui jouait le plus cartes sur table. Il toisa froidement De la Croix, reprochant à ce dernier d’avoir tué son ami lors d’un duel. De la Croix trouva l’accusation un peu étrange, puisque tous reconnaissaient que le duel avait été mené dans les règles de l’art. Le Duc de Lerme tenta de calmer le jeu. Il offrit également une position à De la Croix dans sa maison ainsi toute son aide à De Ponthieu dans la réalisation de ses objectifs, à savoir récupérer son château. De la Croix accepta, suggérant que les modalités soient discutées le lendemain, ce à quoi le Duc agréa.

L’atmosphère se détendit un peu lorsque De la Croix comprit que c’était De Ponthieu qui s’était opposé à De Raspaillan.

Pendant la conversation, le Duc de Lerme sonda nos quatre amis sur les idées politiques, leurs objectifs et autres choses. De Bourbon-Condé n’était pas dupe ; il était clair que, malgré ses assurances à l’effet contraire, le Duc de Lerme en savait beaucoup sur la politique parisienne.

Questionné sur ses motivations à inviter ces gens disparates ensemble, le Duc leur répondit que chacun d’entre eux avait démontré un grand courage, ce qu’il admirait fortement.

Pendant la soirée, de Bourbon-Condé s’éclipsa, prétextant un inconvénient dû au beau sexe. Dans els faits, elle se dirigea vers Rosaire et lui posa quelques questions. Nous ignorons si sa motivation pour ce faire venait d’une interprétation des faits erronée de De Joigny. Quoi qu’il en soit, l’interrogatoire mené rondement lui apprit que Rosaire était réellement au service du Duc de Lerme de son plein gré.

La soirée se termina et déjà les hommes faisaient des plans pour terminer la soirée dans quelque cabaret ou tripot, après avoir ramené leur compagne chez elle.

Tous partirent ensemble. Chemin faisant, De La Croix et De Joigny aperçurent le reflet de la lune dans des lames d’acier. Une embuscade les visant s’apprêtait à se mettre en branle. Ils ralentirent et prirent place.

De la Croix, flanc contre un mur, fit aller sa rapière contre ses assaillants, qui arrivèrent épée en main. Il en tua deux.

De Joigny chargea et sorti son pistolet. Le victome, d’un coup adroit, fit s’effondrer une corniche mal entretenue d’un immeuble, ensevelissant sous les débris huit sbires.

De Ponthieu sauta sur le toit du carrosse de De Bourbon-Condé. Il fut rejoint par un adversaire, qui se retrouva paralysée de honte lorsque le garde du corps du roi lui fit tomber son haut-de-chausse. Un coup discret de stylet par la propriétaire du carrosse n’arrangea guère les choses pour ce pauvre homme.

Finalement, sortant de l’ombre, un couteau vola vers De la Croix qui réussit à l’éviter à la dernière minute. Il sentit sur sa joue le froid du métal de la lame de l’arme. Une telle attaque était la signature deSebastien Odet de Vaillons, son plus proche collaborateur lorsqu’il travaillait pour le Maréchal d’Ancre.

Les assaillants tués, blessés ou mis en déroute, nos amis continuèrent. Laissant chez elle, Mademoiselle. Les trois hommes allèrent dans un tripot pour continuer la soirée. Là-bas, ils furent rejoint par un jeune Auvergnois, un certain Grégoire De Scorailles. La fête se poursuivit.

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1617, chapitre III - Le duc de Lerme (encore)
Où Monsieur De La Croix trouve un emploi.

Tel que prévu, Joseph Antoine de La Croix se présenta à l’hôtel du Duc de Lerme le lendemain. Ce dernier l’embaucha, lui offrant même une majoration de 10% sur les gages qu’il touchait chez son employeur précédent.

Le duc présenta De la Croix à celui qu’il décrit comme “sa main droite et sa main gauche”, un grand homme au physique austère.

La première mission confiée à notre ami de Montpellier lui fût donnée dès lors. Avec De Santos, il devrait escorter le duc à l’Hôtel de Tournon, incidemment, le lieu où résidant son ancien maître. Évidemment, De la Croix comprit qu’un geste de violence serait mal apprécié. Le trajet jusqu’à la résidence du maréchal d’Ancre ne cause aucun problème particulier. À l’Hôtel de Tournon, De la Croix et De Santos restèrent dans la cour, pendant que le Duc alla rencontrer le Maréchal.

Les choses ne tardèrent pas à prendre un tournant dangereux quand les sbires de Concini, De Raspaillan en tête, tournèrent autour de leur ancien frère d’armes, le narguant, manifestement dans le but que les lames soient tirées. À sarcasme, sarcasme et demi! À l’insulte, on répond à l’insulte!Les ripostes verbales de De la Croix furent aussi pointues, voire davantage que son arme! De Raspaillan, avec son caractère ombrageux, perdit son calme et entendant son maître arrivé, quitta les lieux en furie.

Effectivement, le Duc et le Maréchal revinrent. Le Duc affichait un air radieux alors qu’il mettait deux documents dans son pourpoint. Le Maréchal suait à grosses gouttes, malgré le froid hivernal, faisant mine d’afficher un sourire.

La troupe du Duc se mit en route et De la Croix fut mandaté pour aller porter une invitation à Mademoiselle de Bourbon-Condé, à l’effet qu’une surprise l’attendait pour ce soir. La marquise se montra, comme à son habitude, fort gracieuse, mais n’hésite pas à conférer avec le Chevalier de Joigny à propos de ce duc qui, s’il était d’un commerce fort agréable, ne lui inspirait pas toute la confiance du monde.

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1617, chapitre IV - Au service du roi
Où Monsieur de Joigny offre ses services au roi

Plusieurs de nos lecteurs nous feront violence de constater que, dans le chapitre précédent, nous n’avons qu’effleurer le sujet des tribulations de Messieurs de Joigny et de Ponthieu ainsi que de la marquise de Bourbon-Condé. À ceux-ci, ainsi qu’à ceux-là, nous rétorquons que tout vient à point à ceux qui savent attendre et les invitons à lire ce qui suit.

Pendant que Monsieur De la Croix allait visiter ses anciens compagnons, Monsieur de Ponthieu remplissait ses devoirs à titre de garde de corps du roi. Toutefois, alors que De Ponthieu de la messe auquel il assista à Notre-Dame-de-Paris, un événement agréable, mais troublant se produisit.

Quelqu’un tapota légèrement sur le bras de De Ponthieu. Lorsque ce dernier se retourna, il constate l’identité de la personne qui essayait d’attirer son attention. Son coeur battit fort alors que De Ponthieu constata qu’il s’agissait de la belle Fleurette. Celle-ci lui offrit ses excuses pour lui avoir manqué d’égards alors qu’il l’avait sauvée des griffes de Raspaillan.

Celui qui affirmait que l’amour est aveugle ne connaissait manifestement pas De Ponthieu. Ce dernier repéra parmi la foule qui sortait de l’église une silhouette encapuchonnée qui le scrutait. Malheureusement, elle disparu dans la foule dans le temps d’un battement de coeur.

La bouquetière, toujours aussi obstinée, refusa l’offre du jeune soldat de la raccompagner. Elle lui indiqua que ce dimanche était jour de congé pour elle et qu’elle quittait pour la campagne. De Ponthieu insista, plaidant la présence obscure qu’il avait décelée. Malheureusement, son réquisitoire fut interrompu par un collègue qui lui rappela poliment mais fermement qu’il était en service et devait escorter le roi qui quittait pour revenir au Louvre.

Alors qu’il avait prit son service, de Ponthieu apprit qu’audience particulière avait été consentie au Vicomte de Joigny. À cette audience, que le vicomte avait arraché autant par sa réputation que par ses contacts, le roi le remercia pour les services qu’il avait rendu au défunt roi Henri. De Joigny assura Sa Majesté qu’il entendait également le service de la meilleure façon possible, sous-entendant qu’il fallait que des mesures soient prises pour assurer que le roi récupère ses pleins pouvoirs, lui qui, selon l’enquête menée par De Joigny, n’était même pas convoqué au conseil des ministres et devait recevoir ses visiteurs dans un réduit gros comme une armoire à balais.

Le roi soupira, plaidant que le temps ferait son oeuvre et congédia le vicomte. Ce dernier, comme le constata De Ponthieu, fut pris à part par le fauconnier du roi, lequel lui fit part qu’il entendait agir pour remédier à la situation. De Joigny lui assura sa collaboration.

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1617, chapitre V - Le Prince de Bourbon-Condé
Où tout commence par un dîner à la Bastille

Le Duc de Lerme tint parole et, accompagné de Monsieur De la Croix, alla quérir Mademoiselle de Bourbon-Condé, laquelle demanda si Monsieur de Joigny pouvait se joindre avec eux, ce que le duc accepta sans hésitations.

Le fiacre prit la direction de la Bastille, ce qui ne put qu’intriguer la Marquise. Tous furent invités par Monsieur de Châteauvieux, le gouverneur de la prison, à diner avec ce dernier. La table fut fort copieuse. Tous furent ravis de constater que Monsieur De Ponthieu avec également été invité. Ce dernier vint avec un mélange de curiosité, puisque le gouverneur avait indiqué dans son billet être un ami de feu De Ponthieu père, et d’appréhension, considérant le soupir qu’avait émis le capitaine de Vitry, lorsqu’il avait eu vent de l’invitation.

Le diner fut fort copieux, mais parfois pénible en raison du penchant de Monsieur de Châteauvieux pour les anecdotes douteuses. Même un fin diplomate comme le Duc commençait à perdre patience. De Ponthieu et De Joigny prirent congé, tandis que le Senor de Sandoval y Rojas montra un document à de Châteauvieux qui pris un air grave et abasourdi: l’ordre, signé par la Reine et par le gardien des sceaux, était clair: ordre était donné à l’effet que Henri II de Bourbon-Condé soit libéré immédiatement.

la chose fut accomplie et le Prince de Bourbon-Condé, sa nièce, le Duc de Lerme et De la Croix quittèrent pour se rendre à l’hôtel du duc. Le Duc ordonna à De la Croix de les laisser seuls dans son étude et de bien garder la porte. Il prit ensuite la parole et expliqua ses motifs.

Le Duc de Lerme indiqua d’une voix neutre que les troubles en France le préoccupaient énormément et qu’il entendait y remédier en installant un roi fort sur le trône, soit Henri II de Bourbon-Condé lui-même! À cet effet, mille hommes d’armes étaient déjà présents à Paris et de l’argent provenant du trésor espagnol était en route. Comme première condition, Henri II devrait épouser Anne d’Autriche, après que cette dernière soit devenue veuve. Quant à la femme actuelle de De Bourbon-Condé, un “accident” lui arriverait sous peu.

La marquise explosa. Comme cet homme, étranger de surcroît, pouvait-il proposer un plan si démentiel, si peu honorable? Après une brève hésitation, son oncle se rangea de cet avis.

Le Duc dévisagea froidement la marquise et lui dit que son utilité était terminée. Il pesa sur un levier et le sol sous elle céda, la laissant choir dans une oubliette.

Lorsque De la Croix vit le duc et le prince sortir sans la marquise, il ne dit rien. Le Prince fut ramené à la Bastille par De Santos et le duc, lesquels avaient un second ordre signé par la reine, lequel ordonnait l’emprisonnement du Prince de Bourbon-Condé. Le pauvre De Châteauvieux n’y comprit rien.

Comme nos lecteurs le savent, Mademoiselle de Bourbon-Condé n’est pas femme à attendre qu’un preux chevalier vienne la sauver. Du nécessaire de coiffure demandé au geolier, un brave aubergiste à qui on avait promis une bonne somme d’argent, la Marquise fit quelques outils pour l’aider à sortir. Elle réussit à ouvrir la porte de sa cellule et sortit discrètement. Le seul témoin de sa sortie fut de la Croix qui ne dit rien, mais lui prêta sa cape.

Pendant ce temps, Messieurs de Joigny et de Ponthieu tentaient de trouver une solution pour sauver Mademoiselle de Bourbon-Condé, laquelle, selon une Geneviève fort inquiète, n’était pas revenue coucher. Ce fut la marquise qui les vit et vint à leur rencontre.

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1617, chapitre VI - Présentation au roi
Où le duc de Lerme présente ses respects au roi

Le lendemain, le roi accueillait au Louvre l’ambassadeur du royaume d’Espagne, ce qui, en soit n’était guère un événement digne d’intérêt pour nos amis, sauf pour Monsieur de Ponthieu dont les fonctions l’obligaient à assurer la garde.

Toutefois, vu les circonstances dont nous avons traités plus amplement dans le chapitre précédent, chacun avait de bonnes raisons d’être présent.

Tout d’abord, l’ambasseur allait introduire à la cour le duc de Lerme, au service duquel était attaché, comme nous le savons, Monsieur de la Croix, lequel, avait profité de la journée précédente pour faire parfaire sa tenue.

Nos lecteurs nous en voudront de taire le fait que, sur une partie du trajet vers le maître tailleur, De la Croix fut rejoint par Messieurs De Joigny et de Ponthieu (Mademoiselle préférant rester derrière). D’ailleurs, après avoir laissé Monsieur De la Croix vaquer à ses occupations, Monsieur de Joigny remarqua son ancien compagnon de table en train de bouquiner sur le Pont-Neuf. De concert avec ses amis, le chevalier interrogea de façon assez corsée le mendiant devenu secrétaire particulier. Ce dernier se contenta de demi-réponses, mais devint soudainement émotif quand il dit à Monsieur De Ponthieu de faire fort attention à Fleurette. De bonne humeur ou simplement fatigué, le vicomte laissa aller Rosaire, sans le plonger dans les eaux glacées de la Seine.

Le victomte de Joigny et la marquise des Isles avait également de bonnes raisons de venir. Cette dernière, toujours aussi prévoyante, c’était toutefois mise dans une robe de deuil, pour cacher son visage et ne pas attirer l’attention sur elle, au grand damne de biens de ces monsieurs de la cour.

Le chevalier de Joigny se rendit compte que la position de chacun ressemblait à celle des pièces sur un échiquier. Les partisans du roi, dont le fauconnier d’Albert se rassemblaient près de lui, les ministres et leur maître de facto étaient dans un coin, et ceux qui épousaient la cause des Grands était dans un autre.

Le Duc de Lerme fut présenté par l’ambassadeur. Il montra au roi sa lettre de créance signée par le roi d’Espagne et fut reçu à titre d’ambassadeur extraordinaire de l’Espagne. Peu remarquèrent que ce statut faisait en sorte qu’il jouissait désormais d’une protection consentie par la couronne française.

Mademoiselle de Bourbon-Condé voulut avertir le roi qu’il y avait péril en la demeure. Hélas pour elle, elle plaida que le duc avait fait libérer le Prince de Bourbon-Condé. La jeune dame ignorait ce que nous savons depuis peu, à savoir que le duc avait également en sa possession un ordre d’incarcération et avait fait réemprisonner le prince, à la stupeur du gouverneur Châteauvieux qui, comme on pouvait s’y attendre, n’avait aucunement saisi la manoeuvre politique menée par le duc.

Lorsque les nouvelles provenant de la Bastille arrivèrent, Madamoiselle de Bourbon-Condé fut choquée. Sa crédiblité venait d’être atteinte et son oncle était derrière les barreaux de nouveau.

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