De cape et d'épée

1619, prologue 1 - Un soufflet sur les braises

Où De Ponthieu a une rencontre à la fois malheureuse et providentielle

La vie apparaît parfois comme un long fleuve si tranquille que le batelier s’assoupit à la barre de sa barge. Ainsi vogue-t-elle paisiblement, jusqu’à ce se fasse ressentir le choc terrible qui survient lorsqu’elle s’échoue sur un haut-fond.

Jean-Baptiste de Ponthieu prenait son tour de garde au Louvres, comme prévu. Il se préparait à prendre sa place et d’attendre que les heures s’écoulent jusqu’à la fin.

Il lui semblait que les événements de son passé devenaient de plus en plus flous et de plus en plus lointain ; du moins jusqu’à aujourd’hui. Aussi, ne disait-on pas que patience et longueur de temps valaient mieux que force et rage?

De Ponthieu reconnut le pas de celui qui venait, puis l’éclat de rire sinistre typique de son beau-frère, Philippe de Chambrai, le comte de Ponthieu. Celui-ci était en discussion animée avec Cadenet, le frère de Charles d’Albert, le favori du roi. Tous deux échangeaient quelques plaisanteries et se comportaient comme larrons en foire. Le jeune garde du corps se crispa.

De Chambrai remarqua de Ponthieu et entama la discussion avec celui-ci, avec le ton sarcastique et hautain qui le caractérisait :

Cher beau-frère, je viens fort peu à Paris, préférant jouir du bon air de la campagne normande, dit-il en faisant référence au château qu’il avait volé à De Ponthieu. Aujourd’hui, je viens payer mes respects au nouveau lieutenant de la province de Normandie.

Jusqu’à là tout allait bien. Charles d’Albert ne pouvait ignorer le rôle important qu’avait joué De Ponthieu dans sa bonne fortune. Le comte poursuivit :

J’ai été fort peiné de ne pas vous voir aux funérailles de ce pauvre Maître Joyal. J’aurais pensé que le souvenir de ce brave officier de justice, si fidèle à votre père, aurait mérité un déplacement de votre part. Le pauvre, mort dans l’incendie de son greffe… »

De Ponthieu sentit une douleur aussi vive dans son ventre que celle qu’aurait laissé la lame d’un adversaire. Le notaire Joyal avait instrumenté le testament de son père. Seul lui détenait la clé pour prouver la falsification du testament par son beau-frère. Cet incendie et cette mort signifiaient vraisemblablement l’impossibilité de prouver la fraude. De Ponthieu était condamné à être dépossédé de son bien.

De Chambrai, fier d’avoir peiné son beau-frère, continue son chemin avec Cadenet. De Ponthieu sentit monter la colère en lui. La tentative d’assassinat contre lui, Fleurette, tout luir revint en tête. Il fallait agir.

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